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Elles n’ont nulle part où loger. Et se retrouvent bien malgré elles à dormir dehors, dans la rue. Emmenées par le Samu social, trois femmes trouveront pourtant le sommeil ce soir à « l’îlot », à Saint-André. Ce n’est pas un foyer d’hébergement, mais plutôt un endroit où elles seront « à l’abri », le temps d’une nuit d’été. Dès le lendemain matin, retour dans la rue.

La situation est la même chaque année : avec l’arrivée du printemps, les centres d’hébergement d’urgence de la métropole lilloise perdent des places. Au mois d’avril, « les associations savent qu’elles vont devoir remettre des personnes à la rue » regrettait l’année dernière Patricia Gatin, directrice régionale de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS). Mais cet été, l’accueil des SDF semble particulièrement difficile, comme le révèle la FNARS dans un communiqué. Il est depuis le début de l’été « plus défaillant qu’en hiver » dénonce-t-elle. Résultat : le 115 n’a pu répondre favorablement qu’à un tiers des demandes en juillet, contre une sur deux l’hiver dernier. « C’est du jamais vu depuis plusieurs décennies » affirme la FNARS. « La fermeture de la quasi-totalité des places du plan hivernal génère mécaniquement remises à la rue et hausses de la demande. » D’autres places, qui devaient être disponibles toute l’année, sont fermées depuis le 1er juillet « parce que le personnel en vacances ne peut être remplacé », ou « par choix politique dans des stations balnéaires lorsque des élus locaux préfèrent fermer les centres pendant la période touristique » estime la Fédération.

Sur le terrain, dans la métropole lilloise, le constat est sans appel : « Depuis la fin de la période hivernale, au moins sept personnes sont mortes » témoigne Philippe, travailleur social depuis 10 ans à Lille. « L’été, elles sont fatiguées, abattues après l’hiver. Les corps se relâchent et ne tiennent plus le coup. » Selon lui, il y a plus de décès en été qu’en hiver. La faute au relâchement donc, les personnes sans abris se croyant sauvées parce qu’elles ont réussi à passer l’hiver : « Une fois, un gars est mort d’hypothermie en plein été. Avec un pull et un manteau. » La faute aussi à tous les dangers de la rue, et aux bagarres qui explosent de temps à autres. Le Samu Social, lui, gère l’urgence et pallie aux dysfonctionnements, tout en ayant moins de moyens que l’hiver. Il distribue de l’eau et des couvertures.

L’appel à l’aide

Parce que les centres d’hébergement d’urgence ont moins de places mais qu’il y a toujours autant de personnes dehors, la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale demande la fin du système saisonnier, en estimant que l’aide ne doit pas se résumer aux mois les plus froids. « Ce qu’on attend, c’est que les hébergements d’urgence ne ferment pas brutalement, qu’on nous laisse le temps de trouver des solutions. La misère, ça ne fond pas au soleil » regrettait Lydie Leroy, assistante sociale et chargée de mission à la FNARS en avril. Au niveau national, la FNARS souhaite que les quelques 2 500 places fermées depuis début juillet soient à nouveau disponibles, et que les Préfectures des départements où les besoins sont les plus forts mettent à disposition de nouvelles places rapidement.

L’urgence n’attend pas.

C.M.

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