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Depuis quelques mois, Claire Leconte est au coeur de l’actualité. Cette chercheuse en chronobiologie réputée, par ailleurs professeur de psychologie de l’éducation à Lille 3, aide les communes à mettre en place la réforme des rythmes scolaires du ministre Vincent Peillon. 

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Que pensez-vous de la réforme des rythmes scolaires dans le cadre de la Refondation de l’Ecole ?

La semaine de 4,5 jours est meilleure que celle de 4 jours. Mais cette réforme telle qu’elle a été présentée par le Ministère de l’Education Nationale continue de m’agacer ! Selon moi, réformer l’emploi du temps ne suffit pas pour faire de l’école française une meilleure école où le bien-être de l’enfant serait totalement pris en compte. Avec cette semaine de 4,5 jours, nous revenons seulement à l’école telle que nous la connaissions avant 2008.

Et elle n’était pas plus satisfaisante, cette école d’avant 2008 ?

Non, elle n’allait pas mieux qu’aujourd’hui. Il ne faut pas croire que la réussite sera là, seulement parce que nous travaillons sur les emplois du temps et l’aménagement du temps de l’enfant. Nous continuons à juxtaposer des horaires sans nous poser réellement la question de savoir « comment » nous répartissons les temps de l’enfant à l’école et en dehors de l’école. Car le temps en classe représente seulement 10% du temps de vie d’un enfant. 

Les activités culturelles et sportives ajoutées à la semaine de classe vous ont-elles convaincue ?

Oui et non. Je pense qu’il est intéressant pour une collectivité, une école et un enseignant de voir les élèves dans des contextes différents. Grâce à des activités diverses, les enfants développent d’autres compétences. Cela est toujours un avantage pour l’école et la ville. Toutefois, je ne suis pas sûre que les communes aient vraiment pris le temps de travailler sur le lien qu’elles souhaitent établir entre ces activités « autres » et les séquences plus rigoureuses, comme les Mathématiques ou le Français.

Selon vous, le Ministère de l’Education Nationale a mené cette réforme trop vite.

Les communes qui ont déjà mis en place la réforme n’ont eu qu’un an pour travailler dessus. Or, il fallait prendre le temps de mettre en place un vrai parcours pédagogique en informant les enfants. Il fallait aussi prendre le temps de travailler avec les parents. La réforme des rythmes scolaires telle qu’elle a été présentée devait permettre une meilleure régularité du rythme de sommeil des enfants. Or, cela est du ressort des parents ! Ils ont un rôle fondamental à jouer ! Qu’ils aient école le mercredi ou le samedi matin, les enfants sont encore trop nombreux à se coucher tard le samedi soir et le dimanche soir. Conséquence, ils sont fatigués lorsqu’ils arrivent à l’école, semaine de 4,5 jours ou non !

Que proposez-vous ?

Je milite pour un vrai projet éducatif. Je reste convaincue que ce n’est pas à l’enfant de s’adapter à l’école mais l’inverse. L’école doit mettre en cohérence les différents temps que traverse l’enfant dans sa journée. Les enseignants n’ont pas été, selon moi, assez sollicités. Pire, en menant la réforme à cette vitesse, ils n’ont pas été formés pour comprendre le rythme biologique d’un enfant de ces âges. Lorsque je les rencontre, je suis stupéfaite de voir à quel point ils sont demandeurs d’informations à ce sujet !

Classe CM1 Lomme

Quelle serait la semaine de classe parfaite selon vous ?

Les enfants sont matinaux. Beaucoup sont accueillis par les écoles dès 7h30, les autres sont souvent devant les dessins animés dès leur réveil, à 6h30 ou 7h. Je souhaite donc que l’on abandonne ces horaires 9h-12h, qui datent quand même de 1834 ! Je milite pour des matinées de quatre heures, pour que les enseignants puissent bénéficier de la disponibilité matinale des enfants. Ils pourront alors travailler sur un meilleur séquençage pédagogique de leur temps de classe. Je suis peinée lorsque je vois qu’en maternelle, les enfants sont constamment sous pression. Les maîtres passent leur temps à dire « Dépêche-toi »; »Dépêche-toi de ranger », « Dépêche-toi de mettre ton manteau », « Dépêche-toi de colorier », « Dépêche-toi d’aller aux toilettes ». Avec quatre heures, ils pourraient laisser du temps aux enfants. Cela serait mieux pour le développement de leur autonomie et de leur confiance en soi. 

Comment organisez-vous les après-midis ?

Deux après-midis par semaine, les enfants bénéficieraient d’activités animées par un animateur référent. Les deux autres après-midis, ils auraient classe avec leur maître, mais auraient des enseignements allégés sur le plan cognitif. Le bien-être de l’enfant passe aussi par une meilleure qualité de vie professionnelle des enseignants et des animateurs. En ayant deux après-midis par semaine disponibles, les enseignants pourraient travailler sur la mise en place de nouvelles activités et du projet pédagogique de l’école. Ils pourraient se réunir à ce moment-là, et non plus le soir après 19h lorsque tout le monde est fatigué et qu’il faut nourrir et coucher ses propres enfants.

Vous préférez le mercredi ou le samedi matin ?

Je suis une fervente partisane du samedi matin. Le samedi est le seul jour de la semaine pendant lequel les parents ne travaillent pas. Ils sont moins stressés le matin, leurs enfants aussi. De ce fait, la classe est plus calme que les autres jours. Les parents sont aussi nombreux à venir chercher leurs enfants à l’école le samedi midi, ils peuvent donc discuter tranquillement avec les enseignants. Et puis, pour finir, la classe le samedi matin permet de casser le long week-end. Par contre, en choisissant le mercredi matin, je trouve que les communes détruisent des systèmes qui marchaient bien.

Vous parlez des centres de loisirs et des activités proposées par les associations culturelles et sportives ?

Bien entendu ! Les centres de loisirs ont de vrais projets pédagogiques, ils me disent souvent qu’ils organisaient des sorties durant la journée et qu’ils programmaient les activités qui demandaient de la concentration et de la disponibilité de la part des enfants le matin. Ils ne pourront plus. De plus, j’estime qu’il était bon pour le développement des enfants qu’ils fassent du sport le mercredi matin. Enfin, avoir classe le mercredi matin suppose beaucoup plus d’organisation de la part des communes que le samedi. Elles doivent mettre en place le restaurant, et organisé le transport vers les centres de loisirs. Tout cela est fatiguant pour un enfant.

C.M.

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